le Lundi 23 février 2026
le Lundi 23 février 2026 14:30 Autochtone

La garderie Mimikej se prépare à dire «Pjila’si»

La région de la baie Saint-Georges et Stephenville, ville autrement connu comme Acadian Village, a longtemps abrité une population diversifiée composée de Mi'kmaq, de Franco-Terre-Neuviens, d’Acadiens, d'anglophones terre-neuviens et, depuis les années 1940, même de personnes ayant des racines américaines. Après avoir enduré une longue période de colonisation, la population mi'kmaw revendique de plus en plus d'espace pour se faire rayonner, comme le nouvel espace culturel en plein air annoncé en octobre dernier, Ta’n etl-mawitamk, qui se traduit par « là où les gens se rassemblent.» — Wikimedia Commons
La région de la baie Saint-Georges et Stephenville, ville autrement connu comme Acadian Village, a longtemps abrité une population diversifiée composée de Mi'kmaq, de Franco-Terre-Neuviens, d’Acadiens, d'anglophones terre-neuviens et, depuis les années 1940, même de personnes ayant des racines américaines. Après avoir enduré une longue période de colonisation, la population mi'kmaw revendique de plus en plus d'espace pour se faire rayonner, comme le nouvel espace culturel en plein air annoncé en octobre dernier, Ta’n etl-mawitamk, qui se traduit par « là où les gens se rassemblent.»
Wikimedia Commons

En transmettant la culture et la langue dès la petite enfance au sein du nouveau centre communautaire de la Mi'kmaw Cultural Foundation (MCF), l’avenir autochtone local s'apprête à rayonner encore davantage.

La garderie Mimikej se prépare à dire «Pjila’si»
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Cody Broderick – Le Gaboteur – IJL

Après avoir vécu une année d’incertitude due à l’attente de l’approbation du gouvernement provincial pour établir la garderie dans le nouveau centre communautaire, situé au 1, Washington Drive, où se trouve actuellement l’organisme autochtone MCF, cette dernière a enfin annoncé le 21 janvier, par l’intermédiaire de ses pages de réseaux sociaux, l’ouverture prochaine de la garderie Mimikej à Stephenville. 

Et ce, idéalement en juin, mais au plus tard en septembre, nous confirme le directeur général-président de la MCF, Jeffrey Young, car la demande de services de garde à Stephenville et dans la région de la baie Saint-Georges ne cesse d’augmenter.

La garderie, dont le nom signifie «papillon» en mi’kmaq, accueillera environ 25 enfants et comptera au moins quatre membres du personnel. En soulevant l’image d’un cocon, monsieur Young explique que les enfants grandiront «dans un environnement autochtone où ils pourront déployer leurs ailes». À ce stade-ci, la liste d’attente pour un tel espace compte déjà près de 40 enfants.

Avec le décor et les jouets, «on va incorporer la culture dans le programme tout de suite», dit L’nu franco-terreneuvien. Les meubles et les œuvres d’art garantiront que «quand tu rentres, tu sais que tu es dans un centre autochtone.»

Les enfants autochtones auront un choix privilégié, mais si de la place est disponible, c’est à n’importe qui, affirme-t-il. Il faut toutefois noter que la plupart des demandes d’inscription proviennent des Mi’kmaq. 

«Et c’est comme ça qu’on fait… On apprend nos cultures, puis on fait des connexions interculturelles», dit-il en soulignant que des activités en français sont envisageables si les ressources humaines le permettent.

Une garderie longtemps attendue

L’organisme a déposé une demande de financement auprès du ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance dans le cadre du programme sur la capacité d’accueil des enfants en janvier 2025. Malheureusement, des retards administratifs du gouvernement provincial ont fait traîner le projet.

«C’était une longue année», résume monsieur Young. «Et donc, on est en processus.» 

«On attend maintenant pour les plans de l’ingénieur d’être approuvés. Quand ils sont approuvés, on peut engager un entrepreneur pour commencer les rénovations», révèle-t-il.

En plus de l’espace pour enfants, on verra de nouveaux murs, de la plomberie, de l’électricité ainsi que des modifications sur l’extérieur du bâtiment. On espère également obtenir de l’argent du gouvernement fédéral pour remplacer les fenêtres, les portes, le toit, les planchers, en plus du revêtement extérieur, qui comprendra de nouveaux rangs pour rendre le centre accessible, des fontaines d’eau et des lumières.

Mission de réinvestissement

Après avoir obtenu les clés du bâtiment en main en août dernier, la MCF a enfin pu, en janvier 2026, célébrer l’une de ses principales initiatives qui a mené à la création du centre, le Social Enterprise Transition Acquisition, présenté par le Community Sector Council of Newfoundland and Labrador (CSCNL). Ce financement permettra à l’organisation d’accroître ses revenus en s’engageant dans l’entrepreneuriat social, tout en réinvestissant dans la communauté mi’kmaw locale.

«Les résidents de Terre-Neuve-et-Labrador ont le taux de bénévolat le plus élevé de tout le pays. 46% de notre population fait du bénévolat», a affirmé Colin Corcoran, directeur général du CSCNL, lors du lancement tenu au Lion’s Club, précisant l’impact économique du secteur communautaire et des entreprises sociales dans la province. Selon ses calculs, «cela représente 3,8 millions d’heures par an, soit environ 16 000 personnes.»

«Ça fait plusieurs années qu’on disait qu’il faut investir dans une entreprise sociale», nous a confié Jeffrey Young. «Et j’ai toujours dit, ça ne vaut pas la peine de faire quelque chose de petit, on doit faire quelque chose de grand pour qu’on ait une revenue assez large pour nous soutenir.»

En plus d’offrir des bureaux à louer, un espace de co-travail, une salle de conférence et une salle de sport, monsieur Young affirme que l’organisme fournira bientôt une imprimante 3D, du matériel pour favoriser l’innovation et la création dans le milieu artistique et auprès des entrepreneurs, ainsi qu’une salle de sport. 

Ce revenu autonome, issu de cette approche en matière d’entrepreneuriat social, permettra de couvrir les dépenses liées au bâtiment abritant la garderie et le centre communautaire, aux programmes et aux salaires de ceux qui les rendent possibles. Le directeur général et président de la MCF considère que la garderie et le centre communautaire représentent un réinvestissement dans sa communauté locale.

«On offre des services aux gens de la communauté et, en même temps, on aide des entrepreneurs et on crée des emplois», résume-t-il.

En plus du ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, ainsi que de CSCNL, la MCF a reçu de l’aide financière pour le nouvel espace de la part d’Ulnooweg, une organisation offrant des services commerciaux aux organismes autochtones du Canada atlantique, de la plateforme d’investissement GoParity et de la coopérative de crédit Atlantic Edge.

Lexique

Mi’kmawi’simk (langue micmaque) Français
Pjilasi Bienvenue
Wela’lin Merci
Qalipu Caribou (tiré de qalipu!)
Ktaqmkuk Terre-Neuve
Unma’gi L’île du Cap-Breton
Gespe’g Gaspé