le Mardi 23 juin 2026
le Lundi 22 juin 2026 15:08 Économie et affaires

En route vers une nouvelle mine de fer

La carte du projet Kami. — Champion Iron
La carte du projet Kami.
Champion Iron

Champion Iron est en voie de concrétiser son projet minier Kami, situé à la frontière du Labrador et du Québec, qui franchit progressivement les étapes qui pourraient mener à la construction de l’une des plus importantes nouvelles mines de fer au Canada.

En route vers une nouvelle mine de fer
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Mené par Champion Iron et ses partenaires japonais Nippon Steel et Sojitz, celui-ci représente, selon les estimations préliminaires des coûts de développement de la minière, un investissement estimé à près de 4 milliards de dollars et pourrait devenir un maillon stratégique de la filière mondiale de l’acier à faibles émissions de carbone.

Localisé à une vingtaine de kilomètres au sud-est de la mine de fer à ciel ouvert du Lac Bloom sise à proximité de Fermont au Québec, qui est exploitée par la filière de Champion, Minerai de fer Québec (MFQ), le gisement Kamistiatusset, mieux connu sous le nom de Kami, possède une longue feuille de route. Initialement amorcée par Alderon Iron Ore, l’ambition a été ralentie par les difficultés financières de cette entreprise. 

Après la mise sous séquestre d’Alderon en 2020, Champion Iron a acquis les actifs du projet en avril 2021 et a entrepris de revoir entièrement son concept de développement avec pour objectif de le réaliser. Depuis cette acquisition, la minière a consacré plusieurs années à la mise à jour des études économiques, environnementales et techniques. Une étude de préfaisabilité déposée en mars 2024 a confirmé le potentiel du filon pour la production d’un concentré de minerai de fer de haute pureté destiné notamment à la fabrication d’acier grâce au procédé sidérurgique de réduction directe (DRI), une technologie considérée comme essentielle à la décarbonation de l’industrie sidérurgique mondiale. Le projet a connu une avancée majeure en 2025 lorsque Champion Iron a conclu une entente avec les géants japonais Nippon Steel et Sojitz. À la suite de cette transaction, Champion conserve une participation de 51%, tandis que Nippon Steel détient 30% et Sojitz 19%. Les partenaires se sont engagés à financer les prochaines étapes de développement et à contribuer aux coûts futurs du projet.

L’état actuel de cette visée peut être qualifié de phase de préparation avancée. Les travaux se concentrent sur la réalisation d’une étude de faisabilité définitive, que l’entreprise prévoit de compléter au cours de 2026. Cette étude permettra de préciser les coûts d’investissement, les infrastructures requises, les paramètres financiers et le plan minier qui serviront à une éventuelle décision d’investissement. Les démarches environnementales et réglementaires se poursuivent parallèlement auprès des autorités provinciales et fédérales. Selon les informations dévoilées par Champion Iron, le projet Kami prévoit l’exploitation à ciel ouvert d’un gisement important de magnétite dans la Fosse du Labrador. Le minerai serait transformé sur place afin de produire un concentré de haute teneur en fer répondant aux besoins croissants des aciéries cherchant à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Cette orientation s’inscrit dans l’évolution du marché mondial du fer, où les produits à haute teneur sont de plus en plus recherchés.

Plusieurs défis demeurent toutefois avant le lancement des phases préparatoires, de l’aménagement et de la mise en valeur du site minier. L’accès à une importante capacité hydroélectrique est primordial et constitue l’un des éléments déterminants du projet. La concentration du minerai nécessitera une alimentation énergétique considérable, ce qui oblige Champion Iron à poursuivre ses discussions avec les fournisseurs d’électricité et les gouvernements concernés. Les infrastructures de transport, incluant le réseau ferroviaire reliant la région aux installations portuaires de la Côte-Nord, devront également être optimisées afin d’assurer l’expédition du minerai vers les marchés internationaux. Sur le plan économique, les retombées potentielles sont considérables. La construction d’une mine de cette envergure pourrait générer des centaines, voire plus d’un millier, de travailleurs durant certaines phases de construction et plusieurs centaines d’emplois permanents une fois l’exploitation en marche. Les municipalités de Fermont, au Québec, ainsi que Labrador City et Wabush, au Labrador, figurent parmi les principales bénéficiaires des activités économiques associées au projet. Les entreprises régionales de construction, d’ingénierie, de services miniers et de transport pourraient également profiter d’importants contrats.

Le projet revêt également une importance stratégique sur le plan de l’approvisionnement en matières premières critiques pour la transition énergétique de l’industrie sidérurgique. En raison de la qualité de son minerai, Kami pourrait contribuer à sécuriser l’approvisionnement de producteurs d’acier européens, nord-américains et asiatiques engagés dans la transition vers des procédés moins polluants. Cette réalité explique notamment l’intérêt marqué de Nippon Steel pour ce dessein. Pour l’instant, aucune décision de construction n’a encore été annoncée. Celle-ci dépendra principalement des conditions du marché du minerai de fer, de la disponibilité énergétique, de l’obtention des permis nécessaires et des résultats de l’étude de faisabilité définitive. Toutefois, avec l’arrivée de partenaires financiers solides, l’avancement des études et le contexte favorable à la production de minerai de haute qualité, le projet Kami apparaît aujourd’hui plus prêt que jamais d’une éventuelle autorisation pouvant mener à l’ouverture d’une nouvelle mine dans la Fosse du Labrador.