La bande dessinée est un médium longtemps établi dans la communauté artistique de Terre-Neuve-et-Labrador. Wallace Ryan, le «parrain» de la bande dessinée de la province, en est un exemple, ainsi que Kevin Tobin, dont les caricatures ont animé les pages du Telegram pendant quarante ans. Malgré la présence de nombreux bédéistes dans la province, Town est la première bande dessinée qui présente la capitale dans sa totalité.
«Ce livre est un jalon», affirme Paul Tucker, responsable de la mise en page de l’anthologie. Le bédéiste local, à l’origine du roman graphique Stringer, fait partie des personnages principaux dans l’histoire de la création de Town.

Selon la Dre Nancy Pedri, vous pouvez jauger la «sensation» d’un lieu à travers la bande dessinée. C’est ce que voulaient communiquer les créateurs de Town.
Le canevas de Town
La Dre Nancy Pedri, l’éditrice de l’anthologie et une voix importante dans l’univers des études de la bande dessinée, a conçu le format de l’anthologie. Elle avait croisé lors d’un voyage à Marseille la bande dessinée Tours à Tours, le deuxième tome d’une anthologie portant sur la ville française de Tours. Publié par la maison d’édition La Comédie Illustrée, Tours à Tours rassemble plusieurs artistes et donne à chacun son propre chapitre, les réunissant ensuite pour raconter l’histoire de la ville. Selon la Dre Pedri, la géographie de St. John’s favorise un tel projet, car les quartiers de la capitale sont bien définis.
«Les gens savent d’où et de quoi vous parlez quand vous dites Rabbittown ou Georgestown», explique-t-elle.
Pour le projet, une équipe d’artistes a été sollicitée, chaque membre ensuite assigné à un quartier avec lequel il avait déjà un lien. Paul Tucker, par exemple, a déménagé à Rabbittown il y a 6 ans. Il présente le quartier en illustrant dans son chapitre le trajet de sa demeure à son studio en centre-ville. Les autres contributeurs sont Kevin Woolridge, Andrew Hawthorn, Mike Feehan, Leon Chung, Wallace Ryan, Sam Dinn et Kelly Bastow.
Pour la publication, l’équipe s’est tournée vers la maison d’édition locale Black Panel Press. Établie en 2017 par Andrew Benteau, Black Panel Press se spécialise en la publication de bandes dessinées dans le style de l’album français traditionnel. Le fondateur bilingue a vécu auparavant à Grenoble et est tombé amoureux des bandes dessinées françaises lors de son séjour.
La maison d’édition publie normalement des romans graphiques internationaux, surtout des récits historiques ou biographiques. Town est leur premier projet local.
«Je ne sais pas si ça entre dans notre catalogue», dit Benteau en rigolant. «Mais ça marche bien pour nous. Town, cela m’a excité comme projet, je voulais en faire partie.» Le Terre-Neuvien explique que le projet l’a aidé à se réintégrer dans la province après dix ans à l’étranger.

C’est en traduisant des bandes dessinées de français vers l’anglais que Andrew Benteau a eu l’occasion d’établir Black Panel Press. Aujourd’hui, la maison d’édition accepte des soumissions dans toutes les langues.
Pour les locaux comme pour les touristes
La réception positive de Town révèle une communauté qui regorge d’amateurs et de créateurs de bandes dessinées. Benteau, qui finance régulièrement les publications de Black Panel Press par moyen de cagnottes Kickstarter, atteste que celle de Town a eu le plus grand succès dans l’histoire de son entreprise. Si l’anthologie n’est pas encore en rayon aux librairies provinciales, cela n’a pas empêché la prévente de 400 des 500 exemplaires disponibles.
Pour les locaux, le roman graphique permettra une découverte de l’univers de la bande dessinée. Cependant, la Dre Nancy Pedri souligne également l’anthologie comme outil touristique.
«Les gens sont très attachés à St. John’s», dit-elle. Selon elle, les histoires racontées dans l’anthologie permettront aux touristes une compréhension approfondie de leurs expériences en visitant la ville, ce qui va enrichir leurs souvenirs. La Dre Pedri prévoit plusieurs copies du roman graphique enfilées dans des valises ou bien envoyées par la poste, un partage qui passe au-delà des frontières de la ville.
La publication de Town contribue aussi à la popularité déjà croissante du neuvième art à Terre-Neuve-et-Labrador. Le lancement officiel de l’anthologie fait partie de l’événementiel du premier Festival de la bande dessinée de St. John’s, qui aura lieu les 6 et 7 septembre prochains.
«Nous sommes sur le point d’un moment spécial ici», juge Paul Tucker. «Je veux que les gens soient inspirés, que les personnes qui sont à deux doigts de faire une bande dessinée se sentent capables de le faire.»
Pour les personnes qui s’intéressent à publier leur propre bande dessinée, deux maisons d’édition locales, Black Panel Press et Heavy Sweater Comics, existent maintenant. De plus, Tucker offre depuis février 2024 un programme de mentorat.
«Nous sommes connus pour notre musique et nos musiciens, nos artistes de tout médium», dit-il. «C’est maintenant le moment de se tamponner aussi de communauté de bande dessinée.»
Si vous êtes à la recherche de faire dédicacer votre copie de l’anthologie Town: St. John’s in Comics, deux événements vont bientôt réunir les collaborateurs du projet. Le lancement officiel de la bande dessinée est prévu à la microbrasserie Bannerman Brewing le 6 septembre de 19h00 à 21h00. Paul Tucker indique que c’est le moment pour se réunir, boire un coup et se divertir.
La semaine suivante s’annonce une table ronde sur l’anthologie à l’Université Memorial, le 12 septembre de 16h00 à 17h15, dans la salle SN4022 ou par visio. Pour tout complément d’information et pour inscription, veuillez consulter le site Web du Centre Nexus.
Un festival de BD s’annonce au vieux Rocher
Enfin, les amateurs de bandes dessinées de St. John’s pourront se réunir pour célébrer le neuvième art. Le premier Festival de la bande dessinée de St. John’s, le St. John’s Comic Arts Festival, se déroule les 6 et 7 septembre prochains au Landing à l’Université Memorial. Une trentaine d’invités de près et de loin donnent le long du weekend des ateliers et des discussions sur de nombreux sujets tirés du monde de la bande dessinée.
Georgia Webber, bédéiste bilingue et directrice du festival, se dit heureuse de pouvoir approfondir les connaissances de toute personne qui y assistera.
«La meilleure manière que je connais pour améliorer et agrandir le soutien de cette forme d’art est d’accueillir plus de personnes à le découvrir», exprime-t-elle.
Avec des ateliers pour jeunes et pour adultes pareils, tout le monde est le bienvenu au Festival. Parmi les invités est Wallace Ryan, qui propose un atelier de création de bande dessinée aux jeunes. Irene Valentzas, fondatrice de Tunnel Vision Press et écrivaine pour The Comics Journal, et Paul Tucker offrent tous les deux des revues de portfolio. Le long des deux jours du festival, plusieurs invités animent également des tables rondes portant sur de multiples sujets.
Sur place sera un marché de bandes dessinées, où vous pourrez acheter des œuvres venues des quatre coins du monde. L’une des exposantes du marché est la bédéiste francophone Lili Grand. Ses travaux comprennent des livres de jeunesse, la peinture de murales, et des bandes dessinées pour adultes. Le Festival présente le style de Lili comme étant un mélange du banal et de l’absurde, unique en son genre, et qu’il ne faut surtout pas manquer.
Dans le cadre du Festival, Georgia Webber a lancé le programme Come From Away Comics, bandes dessinées venues d’ailleurs, qui donne aux bédéistes lointains l’occasion de faire découvrir leur art aux résidents de Terre-Neuve-et-Labrador. Come From Away Comics fonctionne également comme programme d’archives et sera ouvert en permanence aux soumissions.
«Quand on présente le Festival au public, on dit vraiment “Venez vous divertir, c’est du fun”», exprime Webber. «Mais, sous la surface, c’est un mouvement pour notre passion, pour assurer que ce médium puisse prendre sa place dans le monde.»
Pour tout complément d’information sur le Festival de la bande dessinée de St. John’s, veuillez consulter leur site Web.