le Mercredi 21 janvier 2026
le Vendredi 16 janvier 2026 9:00 Arts et culture

Une place dans l’arène, pour tout le monde

  Courtoisie
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À travers les arts visuels et textiles, Lucas Morneau crée un monde où chacun trouve sa place dans le sport. À découvrir du 6 février jusqu’au 21 mars à la galerie Eastern Edge à St. John’s: sa Queer Newfoundland Hockey League.

Une place dans l’arène, pour tout le monde
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Né d’un père québécois et d’une mère terre-neuvienne, Lucas Morneau a regardé les émissions Coach’s Corner et Hockey Night in Canada dans son enfance. Originaire de Clarenville, le hockey occupe une place importante chez cet artiste bilingue et dans sa famille.

Selon Lucas, chaque maillot prend environ un mois, mais celui des Dildo Dykes l’a seulement pris une semaine. Pourquoi? Pendant cette semaine ont eu lieu les élections aux États-Unis, donc il a passé beaucoup de temps devant la télévision, rigole-t-il.

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Un souvenir en particulier de son enfance est revenu à l’esprit de l’artiste: il s’agit d’un épisode du programme Hockey Night in Canada où Don Cherry, ancien annonceur de hockey, portait une seule boucle d’oreille, stéréotypant et se moquant d’une personne homosexuelle.

«Ça, c’était une des racines de ce projet, il y a plusieurs racines,» dit l’artiste, qui a créé la Queer Newfoundland Hockey League («la ligue de hockey Queer NL») après l’annulation de Coach’s Corner en 2019, suite au licenciement de Cherry pour ses propos controversés sur l’immigration.

Cette «ligue» est en fait une exposition de maillots mettant en vedette des équipes queers fictives provenant de diverses villes de la province.

De la moquerie à une célébration

L’artiste, qui a amorcé ses études en arts visuels au campus Grenfell de l’Université Memorial, à Corner Brook, voulait travailler avec des tapis hookés après les avoir redécouverts pendant sa maîtrise à l’Université de Saskatchewan.

Nain Nancys.

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«Tricoter prend plus de temps que le crochet», avoue-t-il. Surtout quand on se blesse en plein milieu du projet, ajoute-t-il. Il avait toutefois du soutien. Basé à Sackville, au Nouveau-Brunswick, il a rencontré Libbie Farrell, qui l’a aidé à continuer son projet. Pour faciliter la tâche, aujourd’hui, il travaille avec des machines à tricoter. Tous les maillots étaient terminés en 2021. Dans cette ligue, on retrouve des équipes telles que les Dildo Dykes, Bonavista Buggers et Nain Nancys.

«Je voulais travailler avec les péjoratifs, l’argot qui est utilisé contre les gens sur la glace et dans les écoles», déclare celui qui s’efforce de promouvoir une représentation plus ouverte et accueillante de son sport qui lui tient à cœur.

La Ligue est un projet très important pour l’artiste, qui le promeut avec une carte de visite semblable à une carte de hockey. Cet esprit ludique demeure une partie centrale de ses créations.

Francois Fruits.

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Lutter contre la discrimination
Lucas travaille actuellement sur un projet sur la lutte professionnelle, un sport qui, selon l’artiste, présente des similitudes avec le drag. Les lutteurs, qui sont parfois perçus comme des personnages, portent souvent des costumes élaborés et ont des histoires personnelles complexes, tout comme les performeurs de drag.

De surcroît, le monde de la lutte est très important dans l’histoire de sa famille.

«Mon grand-père était lutteur ainsi que ses deux frères. Son frère est devenu le promoteur pour la Lutte Internationale et la Lutte Grand Prix à Québec». Cette ligue comptait parmi ses membres Jean Ferré, le nom québécois du lutteur André Roussimoff, connu internationalement comme André the Giant, qui en faisait également partie des trois fondateurs.

Lucas Morneau en tant que son personnage de lutte Big Poppa Bear.

Malheureusement, à l’aube de ce projet, le grand-père de Lucas est décédé. Il a donc décidé de continuer en son honneur.

L’artiste trouve cette tâche gratifiante: «Je fais de la recherche sur ma famille, je lis les anciens journaux québécois pour trouver ces matchs de lutte et des photos.»

«J’ai créé 8 lutteurs, je tricote sur la machine tous les costumes et je prends des photos», poursuit-il. «C’est tout moi.»

Morneau, restant fidèle à son style ludique, a créé des vidéos promotionnelles pour les huit lutteurs, rendant hommage à l’atmosphère légèrement intimidante des matchs.

«I’ll see you in the ring!» dit Lucas d’une voix grave en train de cacher son rire. «On se voit sur le ring!»

Pour suivre l’artiste, rendez-vous en ligne au www.lucasmorneau.com ou sur sa page Instagram, @thequeermummer. Pour en savoir plus sur l’exposition de la Queer Newfoundland Hockey League à la galerie Eastern Edge, rendez-vous par là: www.easternedge.ca.