le Jeudi 12 mars 2026
le Jeudi 12 mars 2026 7:30 Éducation

Le campus de Grenfell face à l’incertitude des compressions budgétaires

  Courtoisie de la bibliothèque Ferris Hodgett
Courtoisie de la bibliothèque Ferris Hodgett

L’Université Memorial (MUN) traverse une période de grande incertitude à la suite d’une restructuration administrative majeure. Zoom sur le campus de Grenfell.

Le campus de Grenfell face à l’incertitude des compressions budgétaires
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Marc Losier redoute notamment une perte de contrôle dans le recrutement des nouveaux professeurs.

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Maxime Mainieri – Le Gaboteur – IJL – ATL

Parmi ses récentes décisions, l’université a notamment décidé de réduire le nombre de ses vice-présidents de six à trois. Celui du campus de Grenfell fait partie des sacrifiés et sera remplacé par un recteur adjoint. Une mesure qui permettrait d’économiser environ un million de dollars, mais qui suscite de nombreuses inquiétudes sur la côte ouest.

«On comprend que c’est une décision qui est nécessaire», affirme toutefois Camille Ouellet Dallaire, directrice du programme Durabilité et Environnement. Pour autant, la centralisation accrue des décisions académiques à St. John’s soulève des questions. Le campus Grenfell, situé à Corner Brook, a été créé pour desservir la population de l’ouest de Terre-Neuve. Avec ses quelque 1200 étudiants et 300 employés, il fonctionne à échelle humaine. «On se sent un peu comme David contre Goliath», résume Camille Ouellet Dallaire, afin d’illustrer la différence de taille entre le campus de Corner Brook et celui, beaucoup plus large, de la capitale provinciale.

L’autonomie académique au cœur des enjeux

L’un des enjeux majeurs concerne l’autonomie académique. Le nouveau recteur adjoint relèvera du recteur basé à St. John’s, ce qui pourrait réduire la capacité locale de décision en matière de programmes, d’embauches et de budgets. «Ne pas avoir le “boss” ici serait étrange», souligne Camille Ouellet Dallaire, évoquant la présence du recteur adjoint sur le campus et la culture de proximité propre à Grenfell.

Julia Kerfont apprécie pouvoir trouver facilement de l’aide parmi les professeurs et les autres étudiants du campus.

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Du côté de l’école des beaux-arts, l’inquiétude est palpable. Marc Losier, professeur agrégé en photographie, rappelle que «le programme d’arts visuels de Grenfell est le seul baccalauréat en beaux-arts de la province». Il ajoute que «les classes, limitées à seize étudiants en studio, favorisent un encadrement étroit». Ainsi, la pression pour augmenter le nombre d’inscriptions et rationaliser les budgets pourrait fragiliser ce modèle. «Nous craignons de perdre de l’autonomie sur nos ressources et notre futur», explique-t-il.

Les étudiants partagent ces craintes. Hillary Day, en troisième année d’arts visuels, redoute une réduction du financement ou la disparition éventuelle du programme. «C’est difficile de ne pas avoir peur», confie-t-elle, rappelant elle aussi que Grenfell représente «la seule option en beaux-arts à Terre-Neuve-et-Labrador». Julia Kerfont, étudiante en anglais, histoire et français, souligne pour sa part la force de la communauté: «Grenfell, c’est comme une deuxième maison». Elle s’inquiète en revanche pour les programmes à faible effectif, notamment en français, qui pourraient être fragilisés par d’éventuelles coupures budgétaires.

Hillary Day veut pouvoir poursuivre ses études à Corner Brook, ville qu’elle juge « très inspirante, avec des communautés de gens qui me ressemblent ».

Un moteur économique régional

Au-delà des enjeux académiques, le campus constitue un moteur économique régional important. Environ 10 millions de dollars en recherche sont injectés annuellement dans l’économie locale. La Ville de Corner Brook a d’ailleurs publiquement exprimé son opposition à la perte du poste de vice-président, illustrant l’appui politique dont bénéficie le campus.

En attendant le nouveau budget provincial, prévu dans les prochains mois, la communauté reste inquiète. Si la restructuration vise à assurer la viabilité financière de l’université, plusieurs à Grenfell espèrent que l’identité et la mission régionale du campus seront préservées. Car pour ses étudiants et son personnel, Grenfell constitue un ancrage communautaire et un espace unique de formation, au cœur de la côte ouest.