le Mercredi 11 mars 2026
le Mardi 10 mars 2026 12:31 Société

Création d’un curriculum francoqueer

  Rob Maxwell (Unsplash)
Rob Maxwell (Unsplash)

Victoria Simmons, étudiante en français et en études du genre à l'Université Memorial, combine ses spécialités pour créer avec le NL Queer Research Initiative des ressources pédagogiques en français sur les différentes identités de l’arc-en-ciel. Discussion avec la Terre-Neuvienne bilingue.

Création d’un curriculum francoqueer
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«Je ne veux pas que les gens aient peur et ne comprennent pas leurs enfants ou leurs élèves», nous confie Victoria Simmons, qui vise à créer tout un curriculum sur la diversité sexuelle et de genre pour les personnes d’expression française. Selon elle, il manque des ressources queer en français dans cette province. «Il y a plusieurs organismes qui font un très bon travail, mais si on pouvait en avoir plus, j’aimerais aider à cela», ajoute l’étudiante.

Le projet est le fruit de collaboration avec le NL Queer Research Initiative. C’est après avoir fait du bénévolat avec l’organisme il y a plus d’un an que Victoria a rencontré Sarah Worthman, la coprésident.e externe. Elle lui a ensuite proposé le projet, sur lequel Sarah a tout de suite collaboré, comme iel est aussi bilingue. «Je veux que tout le monde soit confortable avec la terminologie queer, par exemple, ce qu’est une lesbienne ou une personne transgenre. C’est pour apprendre aussi comment soutenir ces élèves ou ces enfants si on vous dit “je suis queer” ou “je suis trans”. Parfois les adultes ne savent pas quoi faire avec ces informations.»

Le projet commencera par des séances d’information, et se poursuivra ensuite avec la mise en place d’une banque de ressources accessibles en ligne ou en version imprimée, selon les besoins. Les ateliers et les ressources ne seront pas seulement réservés aux membres du personnel enseignant de la province, mais seront aussi accessibles pour les familles et d’autres adultes qui travaillent avec des enfants.

Le premier atelier, qui portera sur l’utilisation de la terminologie queer et des pronoms neutres en français, se tiendra le 11 mars à la bibliothèque AC Hunter, à St. John’s.

Victoria Simmons étudie le français depuis la maternelle. Elle fait maintenant deux majeures, le français et les études sur le genre. «Ce sont les deux sujets qui sont les plus importants pour moi», confie-t-elle en ajoutant que ce projet représente un pont entre ses deux programmes d’études.

Courtoisie

Une lutte contre l’ignorance

«On a peur de dire la mauvaise chose», dit l’étudiante. «Je trouve que c’est dommage, parce que la plupart des gens ont de bonnes intentions.»

L’ignorance de ces identités et expériences peut créer de la stigmatisation chez les individus et dans les familles. Elles peuvent également combiner d’autres identités, ce qui peut entraîner une stigmatisation intersectionnelle, qui comprend, par exemple, le racisme et la transmisogynie. Cela pourrait même se propager dans les lois et les politiques.

En 2024, les États-Unis ont approuvé 48 projets de loi limitant les droits des personnes transgenres et de genre expansif dans les domaines de l’éducation, du sport, des soins médicaux et des espaces publics (comme les toilettes séparées selon le sexe).

Au Canada, si la loi C-16 établit une protection légale pour les personnes trans, en octobre 2023, le gouvernement de la Saskatchewan a adopté une loi imposant l’approbation parentale pour reconnaître les prénoms et pronoms affirmés des élèves à l’école. Le Nouveau-Brunswick a également proposé une politique similaire. Les projets de loi proposés en Alberta vont encore plus loin, restreignant l’accès aux soins affirmant le genre et à la participation sportive pour les personnes transgenres.

Dans l’ouvrage académique Clinical Psychological Review, les chercheuses Sarah Valentine et Jillian Shipherd constatent que «le nombre de personnes transgenres souffrant de détresse psychologique est nettement supérieur à celui de la population générale. Leur identité de genre n’est pas en cause, mais plutôt les facteurs de stress uniques auxquels elles sont confrontées, notamment le stress lié à l’appartenance à un groupe minoritaire et à la stigmatisation. L’ensemble de ces expériences et de ces facteurs de stress peuvent accroître le risque de suicide» [traduction libre].

Un croisement francoqueer

Victoria Simmons souligne l’importance de ces ressources pour les personnes qui enseignent le français dans les programmes d’immersion. «Je ne veux pas que les enseignant.e.s aient à se demander “Est-ce que je choisis la langue queer en anglais ou est-ce que je garde mon français dans cette situation?”»

L’insécurité linguistique que vivent les franco-phones en situation minoritaire et les apprenants du français peut être comparée à celle vécue par la communauté queer et non-binaire, qui peut également avoir peur de s’exprimer par crainte de commettre des erreurs ou de ne pas pouvoir s’intégrer avec ses pairs, souligne l’étudiante.

En invitant tout le monde à son atelier, Victoria souligne que l’ignorance sur ces enjeux n’est pas inévitable; il suffit d’un peu de curiosité pour la faire reculer.