Depuis plusieurs années, le recrutement et la rétention du personnel constituent une problématique structurelle qui fragilise le quotidien des écoles du Conseil scolaire francophone provincial (CSFP). Et cette année, à Labrador City, cette fragilité s’est manifestée avec une intensité rarement vue, particulièrement à l’École ENVOL.
Quand l’éducation repose sur la dévotion
Labrador City, portée par une économie minière et sa proximité avec le Québec, accueille 51 élèves à l’école ENVOL qui comptent chaque jour sur l’engagement de l’équipe menée par la directrice, Chloé Tinkler, pour faire vivre leur droit à une éducation en français.
Or, ce droit fondamental a vacillé dès le début de l’année scolaire en septembre dernier. Faute d’un nombre suffisant d’enseignants, l’école a dû fonctionner pendant plusieurs mois en mode survie. «Ce n’est pas un problème propre à Labrador City», rappelle Julie Cayouette. «Ni même uniquement au réseau francophone.»
À l’ENVOL, les enseignants ont tenu le fort, mais ils soulignent aussi une réalité plus profonde: un système qui repose encore trop sur le dépassement individuel, faute de solutions structurelles durables. Au CSFP les initiatives se multiplient.
Les procès-verbaux du conseil d’administration en témoignent: le recrutement et la rétention dominent les discussions.
Le CSFP n’hésite pas à regarder au-delà des frontières, participant à des salons de carrière internationaux et facilitant la reconnaissance des diplômes étrangers.
Des efforts qui portent parfois fruit, mais dont les effets demeurent fragiles et temporaires. Pour cette année, les besoins en personnel enseignant à l’ENVOL ont finalement été comblés, bien que l’équilibre demeure précaire.
Le départ à la retraite de deux conductrices d’autobus a également laissé un vide difficile à combler à l’école ENVOL.
Le service est entre-temps assuré par NL Schools, qui peine lui aussi à recruter. Résultat: deux autobus immobilisés, seulement six véhicules pour desservir l’ensemble des écoles de la région. Parents frustrés, chauffeurs sous pression, horaires incompatibles: Un impact vécu uniquement par les élèves de l’ENVOL. La cohabitation devient éprouvante.
Les démarches pour trouver des conducteurs se multiplient depuis des mois, sans succès. Le contexte économique joue contre les recruteurs, tout comme la crise du logement. «Les postes sont à temps partiel, les salaires ne peuvent rivaliser avec ceux des minières, et même si quelqu’un voulait venir travailler ici, il n’y aurait nulle part où le loger», résume Julie Cayouette, directrice générale de l’Association francophone du Labrador. «Le logement et la main-d’œuvre sont des enjeux majeurs pour les villes de Labrador City et de Wabush, et ne se résoudront pas rapidement», dit-elle.
Entre volonté et limites budgétaires
Malgré sa volonté affirmée d’offrir une éducation équivalente à celle du réseau anglophone, le CSFP se heurte souvent aux limites de son portefeuille.
La crise du logement dans la région force le CSFP à assumer une dépense supplémentaire de 185 000 $, consacrée à la location de neuf appartements, cinq à Labrador City et quatre à Happy Valley–Goose Bay, afin de loger des enseignants. Ces dépenses ne sont pas prises en compte dans l’enveloppe provinciale de 850 000 $ annoncée pour le recrutement et la rétention du personnel enseignant.
Lors de la réunion régulière du conseil d’administration du 22 mars dernier, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer la nature des échanges avec les instances gouvernementales: des discussions à sens unique, où les demandes s’accumulent sans réponses rapides ni satisfaisantes. Du déjà vu!
Le temps a manqué pour recevoir des commentaires des parents, nous espérons pouvoir partager leurs commentaires et donner suite à cette chronique dans la prochaine édition.
Another difficult year for École ENVOL
In Western Labrador, where winters are long and many challenges exist, the francophone school École ENVOL has once again found itself facing a reality all too familiar to Francophone minority communities: a severe and persistent staff shortage.
For several years now, staff recruitment and retention have been a structural issue that undermines the daily operations of schools within the Conseil scolaire francophone provincial (CSFP). And this year, in Labrador City, this vulnerability has manifested itself with a severity rarely seen, particularly at École ENVOL.
When Education Rests on Dedication
Labrador City, driven by a mining economy and its proximity to Quebec, is home to 51 students at École ENVOL, who rely every day on the commitment of the team led by Principal Chloé Tinkler to uphold their right to a French-language education.
However, this fundamental right has been in jeopardy since the start of the school year last September. Due to a shortage of teachers, the school has had to operate in survival mode for several months. “This isn’t a problem unique to Labrador City,” notes Julie Cayouette. “Nor is it limited to the French-language school system.”
At École ENVOL, the teachers held the fort, but they also highlight a deeper reality: a system that still relies too heavily on individual effort, due to a lack of sustainable structural solutions.
At the CSFP, initiatives are multiplying. The minutes of the board of directors bear witness to this: recruitment and retention dominate the discussions. The CSFP does not hesitate to look beyond its borders, participating in international career fairs and facilitating the recognition of foreign credentials. These efforts sometimes bear fruit, but their effects remain fragile and temporary. For this year, École ENVOL’s teaching staff needs have finally been met, though the balance remains precarious.
The retirement of two bus drivers has also left a gap that is difficult to fill at École ENVOL. The service is now provided by NL Schools, which is also struggling to recruit drivers. The result: two buses are out of service, leaving only six vehicles to serve all the schools in the region. Frustrated parents, drivers under pressure, incompatible schedules: an impact felt solely by École ENVOL students. The situation is becoming increasingly difficult.
Efforts to find drivers have been ramping up for months, without success. The economic climate works against recruiters, as does the housing crisis. “The positions are part-time, the wages can’t compete with those in the mining industry, and even if someone wanted to come work here, there would be nowhere to house them,” summarizes Julie Cayouette, Executive Director of the Association francophone du Labrador.
“Housing and labor are major issues for the towns of Labrador City and Wabush, and they won’t be resolved anytime soon,” she says.
Between Ambition and Budgetary Constraints
Despite its stated commitment to providing an education equivalent to that of the English-language system, the CSFP often faces budgetary constraints.
The housing crisis in the region is forcing the CSFP to incur an additional expense of $185,000 to rent nine apartments—five in Labrador City and four in Happy Valley–Goose Bay—to house teachers. These expenses are not included in the $850,000 provincial budget announced for the recruitment and retention of teaching staff. At the regular board meeting on March 22, several voices spoke out to criticize the nature of interactions with government authorities: one-sided discussions where requests pile up without prompt or satisfactory responses. Déjà vu!
There was not enough time to gather comments from parents; we hope to share their feedback and follow up on this column in the next edition.