le Vendredi 21 août 2026
le Vendredi 21 août 2026 15:00 Transport

Aéroport de Wabush, partie 1: Encore une interruption majeure

L’aéroport de Wabush a été touché par une nouvelle interruption du service commercial après la mise hors service de deux véhicules de lutte contre les incendies. — Éric Cyr (TDN)
L’aéroport de Wabush a été touché par une nouvelle interruption du service commercial après la mise hors service de deux véhicules de lutte contre les incendies.
Éric Cyr (TDN)

Il faut presque se pincer pour y croire. Après la controverse qui avait entouré, à l’automne dernier, la gestion déficiente de l’aéroport régional de Wabush, voilà que les voyageurs de l’Ouest du Labrador et de Fermont se retrouvent à nouveau durement touchés par une interruption du service aérien. La saga se poursuit. Cette fois, la cause est la défaillance des équipements de lutte contre les incendies de l’aéroport.

Aéroport de Wabush, partie 1: Encore une interruption majeure
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L’interruption aura duré deux jours. Les vols commerciaux avec des appareils 20 passagers ou plus ont été suspendus à partir du 10 août après la mise hors service de deux véhicules essentiels de lutte contre les incendies. Les avions de moins de 20 passagers pouvaient toutefois continuer à utiliser l’aéroport.

Deux véhicules essentiels qui tombent en panne

Le problème est particulièrement difficile à accepter pour une région aussi dépendante du transport aérien. L’aéroport de Wabush, qui est la propriété du gouvernement fédéral et est exploité par Transports Canada, dessert une importante clientèle de Labrador City et Wabush au Labrador ainsi que de Fermont au Québec. Il constitue une infrastructure essentielle pour une population qui doit fréquemment se déplacer pour les affaires, les correspondances vers les grands centres, les études, les soins médicaux et le travail. Et pourtant, deux véhicules indispensables de lutte contre les incendies ne sont pas fonctionnels et il faut attendre quelques jours avant qu’une pièce de remplacement pour l’un d’eux puisse être acheminée.  On parle ici d’un aéroport fédéral situé dans une région nordique éloignée. Il ne s’agit pas d’un petit aérodrome privé improvisé au fond des bois. Il s’agit d’une infrastructure fondamentale à la mobilité d’une population entière. 

Pour les citoyens, ce n’est pas qu’un simple retard de quelques heures, ce qui est malheureusement monnaie courante. Une interruption de plusieurs jours peut entraîner des correspondances ratées et des dépenses considérables, des rendez-vous médicaux manqués, des journées de travail perdues et des nuits d’hôtel additionnelles. Dans une région où les options routières sont longues et coûteuses, l’avion n’est pas un luxe.

La pièce transportée … par avion

Ironiquement, c’est finalement le transporteur aérien PAL Airlines qui a contribué au déblocage de la situation. Le 12 août, un vol nolisé a transporté jusqu’à Wabush, sans passagers, une pièce requise pour la réparation et la remise en fonction d’un véhicule de lutte contre les incendies. La compagnie d’aviation a coordonné cette opération avec Transports Canada et les autorités aéroportuaires et gouvernementales. Une fois l’équipement réparé, les vols commerciaux à destination et en provenance de Wabush ont pu reprendre. On peut évidemment saluer la rapidité relative avec laquelle la pièce a finalement été acheminée. Mais une question demeure: pourquoi a-t-il fallu attendre qu’une situation aussi prévisible se transforme en crise avant de faire venir l’équipement nécessaire?

Des perturbations qui s’accumulent

Cette nouvelle interruption est d’autant plus difficile à accepter puisqu’elle ne constitue nullement un incident isolé et survient dans un contexte où la fiabilité des services à l’aéroport de Wabush fait déjà l’objet de critiques persistantes. Depuis l’automne 2025, les problèmes se succèdent à cet aérodrome. En octobre 2025, les vols commerciaux avaient déjà été suspendus pendant près de deux jours en raison de l’indisponibilité d’un véhicule de lutte contre les incendies dont les pneus avaient atteint leur limite réglementaire de durée et n’avaient pas été remplacés. Cette fermeture soudaine avait paralysé les vols commerciaux pendant près de deux jours, sans notification préalable suffisante aux passagers, ce qui avait semé la confusion parmi les voyageurs et suscité de nombreuses frustrations à l’endroit de l’administration aéroportuaire. 

Près de deux mois plus tard, du 19 au 22 décembre 2025, c’est carrément toute la piste qui avait été condamnée pendant quatre jours à la suite de problèmes liés à son dégagement. Une nouvelle perturbation est survenue en janvier, cette fois en raison d’une restriction temporaire de la largeur utilisable de la piste. Les appareils Q400 de PAL Airlines ne pouvaient alors plus atterrir ni décoller de Wabush, ce qui avait considérablement perturbé le service commercial. Des centaines de passagers s’étaient retrouvés coincés à l’approche de Noël, certains ayant dû annuler leurs déplacements. Les travailleurs des sociétés minières avaient eux aussi été durement touchés par cette paralysie du transport aérien. Un ancien responsable de l’entretien des infrastructures de l’aéroport estimait alors que certaines mesures préventives auraient pu être prises avant que la situation ne dégénère. 

Et voilà que le 10 août 2026, quelques mois plus tard, les passagers se retrouvent encore une fois cloués au sol, cette fois parce qu’un équipement essentiel de lutte contre les incendies n’était plus disponible. 

En moins d’un an, l’aéroport aura donc connu plusieurs perturbations majeures du service liées à des problèmes de sécurité incendie, aux conditions de la piste et à des restrictions opérationnelles. Deux de ces interruptions sont directement associées aux équipements ou aux services de lutte contre les incendies: la première fermeture, en octobre, et la nouvelle interruption d’août. À cela il faut ajouter une interruption de quatre jours en décembre en raison de formation de glace sur la piste ayant engendré des problèmes liés à son dégagement, ainsi qu’une nouvelle perturbation au début janvier causée par une restriction temporaire de sa largeur utilisable. Il devient de plus en plus difficile de parler de malchance ou d’événements exceptionnels. La répétition des problèmes soulève inévitablement des questions sur la maintenance des équipements, la planification des mesures de relève et, surtout, la capacité de Transports Canada à assurer la fiabilité d’une infrastructure aérienne pourtant essentielle à toute une région.

Un problème qui ne date pas d’hier

Ces interruptions de services récurrentes ont de fâcheuses conséquences et soulèvent des préoccupations quant aux pratiques de gestion de Transports Canada. Le dossier de la sécurité incendie est également ancien. En février 2022, la Ville de Labrador City annonçait officiellement son retrait des interventions de lutte contre les incendies à l’aéroport, invoquant notamment l’absence de formation suffisante de son service d’incendie pour les interventions spécialisées dans ce domaine. La municipalité soulignait alors que l’exploitant de l’aéroport, qui avait mis fin en août 2020 à son service de sauvetage et de lutte contre l’incendie d’aéronefs, devait disposer d’un plan d’intervention d’urgence et affirmait vouloir travailler avec Transports Canada pour trouver des solutions à court et à long terme. 

Transports Canada soutenait à l’époque que, compte tenu du volume de trafic, l’aéroport n’était pas tenu de fournir des services de lutte contre les incendies sur place. Le Ministère affirmait également que l’aéroport fonctionnait en conformité avec les règlements applicables. Quatre ans plus tard, la disponibilité des moyens de lutte contre les incendies demeure pourtant au cœur des problèmes qui peuvent entraîner une interruption du service aérien. Difficile de ne pas se demander ce qui a réellement été réglé. 

Comment expliquer qu’un service de lutte contre les incendies ait été mis en place à l’aéroport en 2025 et qu’un contrat de plus de 2,3 millions de dollars ait encore été accordé en juillet 2026 pour un nouveau véhicule de sauvetage et de lutte contre les incendies d’aéronefs, alors que l’indisponibilité de deux véhicules essentiels pouvait, seulement quelques semaines plus tard, entraîner une nouvelle interruption majeure du service?

Faut-il encore accepter cela?

Le problème dépasse largement une simple panne mécanique. Une région minière qui accueille une importante main-d’œuvre spécialisée, qui constitue un lien essentiel entre le Labrador et le Québec, et qui génère une activité économique considérable, ne devrait pas être paralysée parce que deux véhicules essentiels à la lutte contre les incendies tombent en panne sans solution de rechange immédiatement disponible. La reprise des vols deux jours plus tard est une bonne nouvelle, mais elle ne règle absolument pas le problème de fond. 

La population locale est en droit d’exiger de Transports Canada des réponses claires. Pourquoi cet équipement n’était-il pas immédiatement disponible? Quelle était la procédure de remplacement? Quel est l’état des autres équipements critiques? Existe-t-il un équipement de relève? Pourquoi une telle situation peut-elle encore immobiliser l’aéroport régional pendant plusieurs jours? Le député fédéral du Labrador, Philip Earle, a lui-même qualifié la situation de frustrante et d’inacceptable, estimant qu’un tel scénario ne devrait pas se reproduire. Cette gestion dans l’urgence suscite frustration et impatience au sein de la population, car lorsqu’un équipement essentiel tombe en panne, ce ne sont pas seulement des avions qui restent cloués au sol. Ce sont des citoyens, des familles, des patients et des travailleurs de toute une région qui se retrouvent une fois de plus à attendre dans l’incertitude.