le Jeudi 13 août 2026
le Mercredi 12 août 2026 16:14 Société

Comment devrait-on fêter le français?

  Cody Broderick
Cody Broderick

Face à l’exode rural, que devrait-on faire pour faire survivre la langue française dans le berceau de la francophonie terre-neuvienne? Le Gaboteur a posé cette question à diverses personnes présentes au festival Fêtons le festival, qui s’est tenu cette année à La Grand’Terre du 31 juillet au 2 août dernier.

Comment devrait-on fêter le français?
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Le premier ministre de la province Tony Wakeham salue chacun des résidents de sa circonscription qui se sont présentés au festival.

Cody Broderick

Le Gaboteur – IJL

Après un spectacle magique avec des chiens animé par l’artiste québécois Yan Beauregard et une soirée d’activités familiales le 31 juillet, DJ Halfman a fait danser les festivaliers jusqu’au petit matin. Les deux jours suivants, rythmés par la musique bilingue sur le terrain situé derrière l’École Sainte-Anne, ont attiré tout autant d’habitants, de touristes et même le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador.

En se serrant la main avec les électeurs de sa circonscription de Stephenville – Port-au-Port, Tony Wakeham a accordé quelques minutes au Gaboteur pour parler de l’état de la langue française dans la région. Que faut-il faire pour assurer sa survie, selon le politicien?

À son avis, plus il y aura de personnes qui se rendront sur la péninsule de Port-au-Port pour découvrir la langue française et son patrimoine francophone, plus ce sera une source de motivation pour préserver cette langue et cette culture. «Promotion, promotion, promotion», se répète-t-il, ajoutant que la boucle routière de 125 km qui entoure la péninsule, la Route des ancêtres français, a autant de potentiel d’attirer les visiteurs que le Irish Loop situé sur la péninsule d’Avalon. On trouve, parmi d’autres attractions touristiques, des événements comme Fêtons le Festival qui fait rayonner la langue française.

Selon le rapport sur les indicateurs clés de performance du tourisme pour la saison 2025, publié en avril dernier, les recettes liées à l’hébergement dans l’ouest de Terre-Neuve ont augmenté de 20% par rapport à la saison touristique de 2024. Cependant, lorsque les vents se rafraîchissent et que la neige s’accumule, bon nombre des attractions et des événements qui attirent les touristes dans la région et incitent les résidents à sortir de chez eux ferment leurs portes pour l’année.

Robert Félix et son frère Bernard, aussi connus sur scène sous le nom des Frères Félix.

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Robert Félix, agent culturel de Chez les Français de l’Anse-à-Canards et l’un des deux membres du duo des Frères Félix qui animait le festival, affirme que les résidents qu’il accueille tout au long de l’année «n’ont pas de choix» que d’être confrontés à la langue française pendant les soirées Bingo et la ligue de fléchettes. Même si on est unilingue anglophone, il n’y a aucune autre option pour se socialiser ou se divertir au sein de la communauté, explique-t-il. Si une des équipes se nomme uniquement en anglais, monsieur Félix va traduire le nom de l’équipe en français. 

Tristan Claveau, président de Franco-Jeunes et tout juste diplômé de l’École Sainte-Anne, souhaite voir davantage de mesures concrètes mises en place dans les écoles pour assurer la pérennité de la langue française dans la région. «Il nous faut plus d’infrastructures dans les écoles francophones», déclare-t-il. Entamant en septembre un baccalauréat en sciences politiques à l’Université de Moncton, il explique que s’il souhaitait devenir ingénieur, par exemple, il aurait «plus d’opportunités» d’atteindre ses objectifs en sciences et en mathématiques s’il fréquentait l’école anglophone. 

Les deux écoles de la région ont accueilli environ 70 élèves au total au cours de la dernière année scolaire. Une vingtaine d’élèves jusqu’à la 8e année ont fréquenté l’École Notre-Dame-du-Cap à Cap Saint-Georges alors qu’une cinquantaine d’élèves de la maternelle jusqu’à la 12e année ont fréquenté l’École Sainte-Anne à La Grand’Terre. Cela représente une diminution d’environ 30 élèves par rapport à l’année scolaire en 2021-2022.

Comme de nombreux élèves francophones de la région, Tristan Claveau a choisi de poursuivre ses études à l’Université de Moncton, une université francophone hors de la province, plutôt qu’à l’Université Memorial, dont le campus le plus proche se trouve à Corner Brook.

Robert Cormier, qui a aidé à fonder le premier organisme francophone de la province en 1971, Les Terre-Neuviens français, soutient toujours la langue française autant qu’il le peut, mais s’est quelque peu retiré de la vie associative depuis qu’il a pris sa retraite. Le résident de Cap Saint-Georges a hâte de voir les touristes, qui semblent plus nombreux cette année depuis que Marine Atlantique a réduit de moitié le prix de ses billets, alors qu’il se désole sur l’exode jeunesse.

Il garde toutefois un souvenir affectueux des leaders du mouvement communautaire francophone qui s’est développé au cours des cinquante dernières années, et a exprimé sa fierté à travers les anecdotes qu’il raconte sur les personnalités clés qui ont contribué à faire reconnaître sa culture et sa langue si spéciales.