Le Gaboteur – IJL – ATL
Le 10 septembre dernier, les organismes francophones, ceux de français langue seconde, et l’équipe des Consultations pancanadiennes sur les langues officielles 2026 de Patrimoine canadien se sont donné rendez-vous au Centre scolaire et communautaire des Grands-Vents (CSCGV). Leur mission: discuter des enjeux qui touchent les langues officielles en situation minoritaire, répondre aux priorités émergentes et faire suite au Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028.
Le Plan d’action 2023-2028 se veut un outil pour mieux servir les populations de langue officielle en situation de minorité linguistique. Ayant pour thème «Protection-promotion-collaboration», il comporte quatre piliers:
- «Immigration francophone: vers le rétablissement du poids démographique des francophones», qui vise en particulier les régions en contexte linguistique minoritaire;
- «Du berceau à la berçante: favoriser les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie», qui encourage l’apprentissage continu et la dualité linguistique;
- «Des mesures fortes pour appuyer la vitalité des communautés», qui vise à renforcer les services offerts dans les langues de la minorité et à rapprocher les populations francophones et anglophones; et
- «Mener par l’exemple: agir et collaborer pour renforcer les communautés», qui vise à mettre en évidence des pratiques exemplaires en matière de langues officielles.
Dans le cadre du plan actuel, le gouvernement fédéral investit 4,1 milliards de dollars sur cinq ans dans différents secteurs liés aux langues officielles, par exemple ceux de la santé, de la justice, l’immigration, les arts et la culture, le développement économique et l’éducation. À Terre-Neuve-et-Labrador, ce dernier secteur a récemment été au cœur d’une controverse, notamment la gestion de l’Entente Canada – Terre-Neuve-et-Labrador relative à l’enseignement dans la langue de la minorité et à l’enseignement de la seconde langue officielle, aussi connue sous le nom Programme des langues officielles en éducation (PLOÉ).
Perspectives actuelles
En entrevue avec Le Gaboteur à la suite des discussions, David Myles, secrétaire parlementaire du ministre responsable des Langues officielles et député de la circonscription de Fredericton—Oromocto, au Nouveau-Brunswick, souligne l’importance de la consultation avec les organisations communautaires. «C’est eux qui font ce travail au terrain avec les communautés francophones dans les situations minoritaires au Canada», précise-t-il.
Parmi les divers points de vue abordés lors des consultations, il évoque des difficultés financières, d’infrastructure et d’éducation. De l’éducation de la petite enfance jusqu’au logement pour les aînés francophones, «c’est surtout des craintes de comment on peut promouvoir la langue, à long terme, entre générations», résume-t-il.
Il affirme avoir déjà entendu que des anglophones qui s’expriment en français ont souvent les mêmes soucis. «Comment est-ce qu’on peut le rendre cool, le français?», cite-il en exemple. «Même si on peut faire des fautes, même si ce n’est pas parfait, comment est-ce qu’on peut voir la langue française comme un atout pour le Canada, pour nos communautés?».
Si certains voient la relation entre les francophones et les anglophones comme «des problèmes insurmontables», monsieur Myles rappelle que la coopération entre les deux populations linguistiques «donne des personnes bilingues qui peuvent travailler dans les deux langues. Ils peuvent voyager partout, ils peuvent avoir des carrières dans les deux langues [ou] des entreprises dans les deux langues.» Lui-même a mené toute une carrière en politique et en musique grâce à son bilinguisme. Lors de sa dernière visite sur le vieux Rocher, en 2020, il a présenté son album composé entièrement dans sa seconde langue, Le grand départ.
Étude de cas: PLOÉ
Dans son bilan intermédiaire du Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028 intitulé Agir pour des communautés fortes et résilientes, publié en novembre dernier, le Commissariat aux langues officielles a remarqué un écart entre les besoins rapportés par les organismes francophones et les ressources financières qui leur sont réellement allouées, en particulier dans le domaine d’éducation.
Quelques semaines plus tard, soit le 12 décembre 2025, la Cour suprême fédérale a pris une décision dans l’affaire opposant le CSFP à Patrimoine canadien au sujet de la gestion des fonds du PLOÉ, accordant une victoire partielle au CSFP. Saga qui dure depuis 2017, le CSFP a accusé Patrimoine canadien de ne pas avoir fourni un financement adéquat pour assurer une éducation de qualité équivalente dans la langue de la minorité et de ne pas avoir respecté ses obligations en matière de consultation communautaire. Bien que la Cour ait tranché en faveur du CSFP sur certains points, elle juge que les mécanismes de reddition de compte prévus par le PLOÉ sont suffisants et que les fonds alloués sont dépensés de manière juste. Patrimoine canadien a décidé en janvier 2026 de ne pas porter le jugement en appel.
Depuis, le CSFP n’a pas eu de nouvelles sur la gestion du PLOÉ, confirme la directrice générale en Éducation, Marcella Cormier, qui a également lutté pour un meilleur financement lors des consultations.
Prochaines discussions
En collaboration avec d’autres députés fédéraux, «on va faire 16 de ces tables rondes», explique David Myles. Ses prochaines étapes sont Moncton le 13 septembre, puis l’Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse, avant de se rendre vers l’Ouest du pays.
Outre les organismes communautaires, son équipe cherche les perspectives de la population générale. À cet égard, un questionnaire est disponible en ligne et les individus ont la possibilité de soumettre des mémoires écrites portant sur la place des langues officielles au pays.
Les consultations se termineront en novembre.