Au programme du festival, il y aura plusieurs concerts des solistes virtuoses à la salle DF Cook à l’École de Musique de l’Université Memorial (MUN) ainsi que des concerts pendant l’après-midi, des leçons et cours de maître pour les étudiants, des présentations par un orchestre de guitares, et des activités touristiques pour faire découvrir la province, dont une expédition d’observation des baleines.
«La chose la plus importante, c’est d’inspirer la génération plus jeune à devenir des musiciens passionnés sur la guitare classique comme moi», explique Ben Diamond, organisateur du festival.
Pendant ses études de baccalauréat à MUN, cette passion l’a amené à participer à des festivals comme Guitare Alla Grande à Ottawa-Gatineau et le Domaine Forget de Charlevoix au Québec, dit-il. Cependant, il a dû quitter l’île, car il n’y avait pas de festival pareil ici, a-t-il constaté. Après avoir reçu son diplôme, le musicien s’est ensuite rendu à Montréal pour peaufiner cette passion pendant sa maîtrise à l’Université McGill.
Avec son équipe, Steve Murphy et Tracy-Anne Smith, il prépare les touches finales sur la toute première édition du festival dédié à la guitare classique dans la province.
Compositions et artistes internationalement reconnus
Le festival présentera des musiciens reconnus d’ici et d’ailleurs. Emma Rush, de la Colombie-Britannique, monte sur scène le 23 juillet, alors que Jeffrey McFadden, de l’Ontario, se présentera le 24 juillet. Le spectacle de Laura Snowden, du Royaume-Uni, aura lieu quant à lui le 25 juillet. Le 23 juillet, comme partie du Duo Perpetuo avec la violoniste Elena Vigna, Ben Diamond interprétera notamment la composition Folk Suite de Jason Noble, professeur de composition et théorie musicale à l’Université de Moncton et également originaire de Terre-Neuve.
Dans cette composition, les techniques poussées se mélangent avec des techniques traditionnelles pour évoquer la musique folklorique terre-neuvienne. Chacun de ses six mouvements évoque un genre différent. L’ouverture est, par exemple, inspirée par les sons de la flûte irlandaise et la harpe celtique. Dans le deuxième mouvement, «Air», le compositeur a recours à une notation très détaillée pour reproduire sur l’instrument mélodique les sonorités du chant folklorique accompagné à la guitare. Le guitariste évoque des instruments traditionnels, comme les cuillères et le fameux ugly stick terre-neuvien, en faisant des sons percutants dans le troisième mouvement, «Ceilidh», qui s’inspire des kitchen parties. Le quatrième mouvement, «Ballade» est inspiré principalement du chant du musicien terre-neuvien Fergus O’Byrne et le cinquième, «Jig», du chant collectif, avec une partie de guitare non-virtuose. Le morceau se termine par «Reel», dans lequel les musiciens tapent du pied pendant qu’ils jouent.
Composé originellement pour le duo montréalais marimba-violoncelle Stick&Bow, Folk Suite est devenu tellement populaire que le compositeur l’a arrangé pour plusieurs formations, notamment flûte et guitare et le piano solo. Le morceau a finalement été interprété des centaines de fois à travers le monde. La version qu’on entendra au festival – pour guitare et violon – met quant à elle en vedette des instruments traditionnellement terre-neuviens.
Les rythmes bilingues de la réussite
Jason Noble poursuit actuellement ses recherches sur les dialectes francophones acadiens. Cependant, ce n’est pas la première fois qu’il met la langue sous la loupe. Dans le cadre de la thèse doctorale de Steve Cowan, qui est aujourd’hui professeur de guitare classique à l’Université McGill, il a traversé l’île avec ce dernier en enregistrant des exemples des dialectes anglophones et francophones de Terre-Neuve. Ensuite, ils ont accompagné les enregistrements avec une partition pour guitare, où on emploie des techniques poussées pour imiter les variations de timbre, de hauteur et de rythme dans les extraits. La thèse est devenue album, One Foot in the Past, qui est disponible sur le site Bandcamp.
Si Jason Noble a étudié en immersion française au secondaire, il attribue sa fluidité en français oral aux années qu’il a vécu à Montréal en tant qu’étudiant de 3e cycle et chercheur postdoctoral – une expérience qui l’a préparé pour sa carrière actuelle, dans laquelle il enseigne la musique en français à l’Université de Moncton.
Semblablement, Ben Diamond a aussi étudié en immersion française au secondaire, et a déjà poursuivi quelques cours de français à MUN, mais il avait quand même du mal à «formuler une phrase» quand il est arrivé à Montréal pour poursuivre ses études. Cependant, les anglophones et les francophones se rassemblaient dans les milieux musicaux qu’il fréquentait et la communication bilingue est alors devenue essentielle. S’il a pu pratiquer et apprendre d’une «façon naturelle», c’était quand même «comme un effet magique», dit-il.
«Il n’y a aucune question!» pour Jason Noble que le bilinguisme est un atout pour un compositeur ou un musicien canadien. À son avis, c’est un avantage «incroyablement puissant» sur le marché du travail. Ben Diamond espère, quant à lui, que plus de musiciens anglophones au pays apprennent le français pour que «l’identité canadienne» soit «plus unifiée».
En revanche, Steve Cowan, avec qui Le Gaboteur s’est également entretenu, a pensé comme enfant à Terre-Neuve que le français serait inutile. Il a donc refusé d’étudier en immersion française. Ironiquement, il se trouve au Québec depuis 14 ans. Son parcours linguistique a commencé pendant ses études de 3e cycle à l’Université McGill à Montréal, où il a commencé à apprendre le français en participant aux ensembles et grâce aux nouveaux amis. Aujourd’hui chargé de cours à McGill, il travaille exclusivement en français depuis quatre ans pendant l’été au Camp Musical Saguenay-Lac-Saint-Jean comme enseignant de guitare et directeur artistique adjoint. Ses expériences à ce dernier poste sont «la clé» qui a finalement ouvert la porte du bilinguisme pour lui, confie-t-il.
Ayant enseigné Ben Diamond pendant ses études de maîtrise, il se dit «très fier» du travail que fait son ancien étudiant dans l’organisation du festival.
La guitare classique parle un langage universel, mais le bilinguisme soutient ces trois Terre-Neuviens dans leur travail créatif et important. On aura bientôt l’occasion d’en avoir un aperçu lors du Guitarnival.
Pour découvrir la programmation complète du festival et sa société organisatrice, rendez-vous par là: www.atlanticguitarsociety.ca
Qu’est-ce que c’est, la guitare classique?
Bien que la guitare soit l’un des instruments les plus populaires au monde, la guitare classique est un peu moins connue. Elle se caractérise par plusieurs éléments clés. Il y a d’abord l’instrument lui-même: il possède des cordes en nylon et un manche plus large que celui des guitares acoustiques et électriques. Il y a la technique de jeu: on joue normalement avec les doigts, pas avec un médiator, et plus précisément avec les ongles. Ensuite, il y a le répertoire, qui se compose en grande partie de partitions pour solo, bien qu’il existe également de la musique de chambre. Cowan a expliqué que dans les morceaux classiques pour la guitare, on traite la guitare un peu comme un piano: le soliste joue simultanément la mélodie, la ligne de basse et les harmonies intermédiaires avec ses doigts. (SS)