le Jeudi 2 juillet 2026
le Jeudi 2 juillet 2026 8:19 Arts et culture

Un artiste qui met l’accent sur la langue

  John Babb
John Babb

Jongwook Park, artiste multidisciplinaire basé à Montréal, présente sa nouvelle exposition, One Breath, Many Echoes | 숨·결들, à la galerie Eastern Edge de St. John’s, qui explore des thèmes de migration et d’acquisition linguistique à l’âge adulte. Rendez-vous en français avec l’artiste.

Un artiste qui met l’accent sur la langue
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L’exposition One Breath, Many Echoes | 숨·결들, ou «Un souffle, plusieurs échos» en français, est ouverte au public jusqu’au 25 juillet.

John Babb

De petites sculptures d’argile en formes curieuses, ornées de motifs floraux et d’inscriptions gravées en hangeul, le système d’écriture coréen… de gigantesques impressions des scènes forestières avec des personnages hors du monde, des créatures masquées ici et un OVNI là-bas… dans cet espace d’installations monochromes, les seuls éclats de couleur sont à l’écran, une fenêtre vers un monde d’espèces vifs animés.

Si les pièces de cette installation ont déjà fait partie à d’autres expositions de Jongwook Park au fil du temps, l’artiste précise que l’exposition à St. John’s est la première fois qu’il les réunit «dans une seule installation de plus grande envergure». À travers la sculpture, l’impression, la boiserie et l’animation, monsieur Park, inspiré par son propre déménagement à Montréal, examine comment l’apprentissage linguistique informe l’identité.

Traduction de la langue vers les arts

La langue est une affaire intime pour cet artiste qui a appris le français et l’anglais en tant qu’adulte. Après avoir obtenu sa maîtrise en Corée du Sud, Jongwook Park a poursuivi un diplôme en animation et design au Collège LaSalle à Montréal. Il utilisait ses deux nouvelles langues dans sa vie quotidienne, mais il a remarqué qu’il y avait parfois un manque de sous-texte, comme des blagues ou des éléments émotionnels. De plus, il y avait un écart entre ce qu’il voulait communiquer et ce qu’il communiquait réellement. 

Malgré tout, «le mélange de langues de [Montréal] m’a aussi ouvert quelque chose», confie l’artiste. «Il m’a appris à penser depuis l’espace entre les langues et les cultures, plutôt que depuis une seule». Son art exprime l’idée que, même si on ne comprend pas chaque mot prononcé, on peut encore déduire le sens et s’exprimer avec les autres.

Monsieur Park a décidé de représenter le cheminement d’un adulte dans l’apprentissage d’une langue par le biais du monochromatisme. Selon lui, le noir et blanc dans ses œuvres rend «le langage visuel le plus direct» et font en sorte que son public garde «l’attention sur la ligne, la structure, la surface et le rythme».

Il croit que même les membres du public unilingues ou non issus de l’immigration peuvent saisir le concept de «l’entre-deux» exprimé dans ses œuvres, qu’il définit comme un sentiment d’adaptation aux situations inconnues et de nécessité de s’exprimer autrement.

Inspiration coréenne

Les œuvres exposées dans One Breath, Many Echoes | 숨·결들 mettent en scène des motifs naturels, comme des tigres et des oiseaux, typiques du minhwa, un art traditionnel coréen. Ceux-ci évoquent, selon lui, «une idée ancienne selon laquelle une image peut avoir une fonction protectrice ou talismanique». À travers des sculptures à la fois animales et végétales, il crée «un lieu où la mémoire, la parole, le corps et les images culturelles se rassemblent dans un même objet».

Les racines coréennes de l’artiste se trouvent également dans le hangeul écrit dans plusieurs de ses œuvres exposées. Lors du vernissage, le 12 juin, certains visiteurs lui ont demandé si les mots ou les expressions qu’ils voyaient étaient réels. «J’ai aimé cette question, parce qu’elle touche au cœur même du travail: cet espace entre lire et ne pas lire, entre comprendre et ne pas tout à fait comprendre», confie-t-il. Au lieu d’utiliser l’écriture dans son œuvre pour transmettre des idées de manière directe, il précise qu’il l’a plutôt choisie pour son aspect esthétique.

Il souligne cependant que le terme coréen le plus précis dans son exposition se trouve dans le titre bilingue: «숨», prononcé sum, signifie le souffle, dit-il, expliquant que «결», ou gyeol, «est plus difficile à traduire». Il «peut désigner le grain ou la texture d’une surface le grain du bois, la ligne d’une vague (물결, mulgyeol), ou le flux d’un souffle (숨결, sumgyeol)».

«Ainsi, le coréen présent dans le titre n’est pas là pour être lu au sens littéral; il porte les idées sur lesquelles repose toute l’exposition — le souffle, le grain, le rythme et la mémoire.»